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Territoires de l’image
C’était le langage de la tribu échappée de l’écrit, où l’ombre mobile était l’ombre fixe de l’arbre. La plante du pied avait des petites racines nocturnes, la paume de la main cachait des étoiles déchiffrées et respirantes.
José Lezama Lima, Pour arriver à Montegobay
Image faite matière, image faite pensée, “image et possibilité” nous dit Lezama, feu et parole. Dans l’œuvre ici présente l’image se construit dans le rapport intime des éléments, dans leur trame secrète, la démonstration s’accomplit par le simple poids des habitudes, celles qui se créent, celles qui se transforment, celles qu’on reconnaît, non sans une agréable surprise, comme la moelle de notre vie.
Me voilà alors, sous le signe de Don Quichotte quand il dit: “il n’y a qu’une seule langue de laquelle on a bu du lait”, nous sommes des animaux linguistiques ! Je suis mexicain, et par contexte j’écris en français, ce qui pour moi est assez ludique quoique je sois obligé de traduire en espagnol tout ce que j’écris pour ensuite restituer en français l’objectivité sémantique des mots, et ces lignes ne font pas l’exception.
Pourtant il me parait fondamental de souligner le caractère engagé de ce travail, même si le lien politico-social n’est pas toujours présent; je ne prétends pas défendre une pratique cinématographique indépendante chaque jour plus évidente, l’enjeu n’est pas un savoir faire, face à l’industrie de l’image, dans toutes ses manifestations : cinéma, publicité, télévision. Il s’agit de l’axe d’un système aveugle qui nous dirige, comment est-on arrivé au degré d’aliénation dans lequel on se retrouve, je ne veux pas l’élucider ici, les conséquences sont multiples et je ne vais pas les énumérer non plus; la seule chose à laquelle prétend cette brève note introductive c’est l’importance de revendiquer un savoir imaginer, de plus en plus absent dans la scène contemporaine, l’importance de libérer l’imagination du formatage marchand, pour ne pas perdre le lien avec le passé, afin de pouvoir continuer simplement, les yeux ouverts, le fil de l’image.
12 octobre et 2008
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